(2024 : 191 - Exemples d'utilisation de techniques d'algèbre en géométrie.)
Le jury souhaite proposer une leçon qui offre une ouverture large autour du thème de la géométrie. Avec cet intitulé, les candidates et candidats sont libres de présenter des résultats et des exemples très variés en lien avec la géométrie. L'objectif n'est pas de couvrir le plus d'aspects possible, mais plutôt d'en proposer certains suffisamment consistants et variés. À partir du moment où ils sont de nature géométrique, tous les éléments du programme peuvent être pertinents. En contrepartie de cette liberté laissée aux candidates et candidats, une difficulté est de structurer la présentation des objets et des notions choisis. Ainsi, plusieurs approches sont possibles pour organiser cette leçon, par exemple :
- en regroupant les outils par " famille " : outils matriciels (repérage des points par des matrices colonnes, des transformations par des matrices, rang, réduction, etc.), outils polynomiaux (formes quadratiques, déterminant, résultant, etc.), outils structurels (groupes, corps) ;
- ou par niveau d'abstraction/de généralité (nombres réels, complexes, matrices, groupes...) ;
- ou par type d'objectifs (identifier des objets géométriques, les mesurer, les classifier, démontrer des résultats en utilisant des transformations géométriques...)
Il est aussi possible de se focaliser sur un seul type d'outils (par exemple algèbre linéaire, géométrie affine ou groupes) en détaillant plusieurs applications en géométrie ou sur une question géométrique fouillée à l'aide de diverses techniques (par exemple sur des problèmes impliquant des figures géométriques comme les cercles et triangles, les polygones et polyèdres réguliers, etc.). Des situations " élémentaires ", dans le plan, permettent certainement de mettre en valeur des connaissances et un recul mathématique. Il faut bien éviter l'écueil d'un catalogue fastidieux ou celui qui consisterait à recycler directement le contenu d'une autre leçon avec un vague habillage géométrique. Parmi les nombreux éléments qui peuvent être discutés, on peut indiquer :
- les notions de distance, aire, volume. Notamment les propriétés de la matrice de Gram, le lien entre déterminant et aire d'un parallélogramme ou volume d'un parallélépipède, la construction du produit vectoriel et du produit mixte,... peuvent être exploités avec pertinence dans cette leçon. On peut ainsi être amené à étudier l'aire balayée par un arc paramétré du plan, la position d'un point par rapport à un cercle circonscrit à un triangle, etc. Le déterminant de Cayley- Menger permet de mettre en évidence des conditions pour que n 1 points de $R^n$ forment une base affine, ou que n 2 points de $R^n$ soient cocycliques. Dans une autre direction, la division euclidienne dans Z donne une preuve d'une forme du théorème de la base adaptée, avec pour conséquence le calcul du volume (d'une maille élémentaire) d'un sous réseau de $Z^n$ comme étant le déterminant d'un système générateur dans la base canonique.
- l'apport de l'algèbre linéaire à la géométrie. On peut ainsi exploiter le calcul matriciel et les techniques de réduction pour mettre en évidence des informations de nature géométrique (avec les exemples fondamentaux des homothéties, projections, symétries, affinités, rotations, la classification des isométries vectorielles, etc.). On peut être alors amené à présenter le théorème de Cartan-Dieudonné sur la décomposition d'isométries euclidiennes en produit de réflexions ou encore évoquer une (ou des) interprétation(s) géométrique(s) de la décomposition en valeurs singulières. Dans cette même veine, la leçon peut être orientée vers la géométrie affine, en s'adossant à la théorie des espaces vectoriels pour définir certains objets (espaces et sous- espaces affines, applications affines, repères affines, etc), ce qui permet, par exemple, d'établir ainsi certains résultats classiques, comme les théorèmes de Thalès, Pappus, Desargues,...
- l'analyse des formes quadratiques permet d'aborder des problèmes géométriques : étude des coniques, quadriques, classification des quadriques de $R^n$, interprétation géométrique de la signature, application des méthodes de réduction, etc.
- la théorie des groupes est un champ naturel pour cette leçon (mais qui n'est cependant pas indispensable) : groupes de transformations (isométries, déplacements, similitudes, translations), composition de transformations, mise en évidence d'invariants fondamentaux (angle, birapport, excentricité d'une conique). Il est possible de se focaliser sur des groupes de transformations préservant une certaine structure géométrique et en distinguant parmi eux les groupes finis (groupes d'isométries classiques), les groupes discrets infinis (avec des translations, groupes de pavages) et, pour aller plus loin, les groupes continus (groupes de Lie).
- les techniques de convexité constituent aussi un champ fructueux : le théorème de séparation par un hyperplan dans $R^n$ de Hahn-Banach et, en corollaire, le théorème de Helly permettent par exemple d'établir des propriétés intéressantes sur les cordes de convexes compacts.
- certains candidates et candidats peuvent trouver intérêt à aborder les questions d'intersection de courbes polynomiales, qui permettent notamment de mettre en oeuvre le théorème de Bezout et des méthodes exploitant la notion de résultant.
- un grand nombre de problèmes de géométrie peuvent être traités en exploitant le formalisme des nombres complexes. Il est tout à fait approprié d'évoquer l'étude des inversions et, en particulier, la possibilité de ramener un cercle à une droite et inversement ; la formule de Ptolémée illustre bien l'utilisation de cet outil. On peut parler des suites définies par récurrence par une homographie et leur lien avec la réduction dans SL2pCq et aborder la construction de la sphère de Riemann.
- les problématiques de la construction à la règle et au compas constituent un autre axe pertinent pour cette leçon, avec le théorème de Wantzel, et peuvent conduire à s'intéresser à des extensions de corps.
Comme dans le cas des autres leçons, il est tout à fait bienvenu de chercher à illustrer cette leçon par des exemples issus de l'analyse, des probabilités, de la statistique (par exemple en évoquant l'interprétation géométrique de l'analyse en composantes principales), du calcul formel (par exemple avec les applications du résultant) ou du calcul scientifique (par exemple en présentant des problématiques de géométrie computationnelle, comme le calcul d'enveloppe convexe, les algorithmes de triangulation de Delaunay, les diagrammes de Voronoi...). Les thèmes en lien avec la géométrie projective ou la géométrie algébrique peuvent permettre à certains candidates et candidats de présenter des résultats très avancés. Cette leçon nécessite une préparation très personnelle et réfléchie. Les exemples et les résultats qui y sont présentés ont vocation à inciter les candidates et candidats à enrichir les autres leçons de cette épreuve d'exemples issus de la géométrie.
191 : Exemples d’utilisation des techniques d’algèbre en géométrie.
Pas de réponse fournie.
Pas de réponse fournie.
J'ai présenté le plan suivant :
1) Apports de l'algèbre linéaire : l'exemple des isométries
Toute isométrie de ℝ^n est affine, les isométries vectorielles sont les endomorphismes orthogonaux, on dispose d'un théorème de réduction pour ceux-ci et on peut l'utiliser pour écrire un endomorphisme orthogonal comme produit de réflexions.
2) Apports de la théorie des corps : constructibilité
Théorème de Wantzel et ses conséquences : impossibilité de la duplication du cube et (en admettant la transcendence de π) de la quadrature du cercle
3) Apports de la topologie algébrique : théorème du point fixe de Brouwer
Construction du foncteur groupe fondamental et application au théorème du point fixe de Brouwer en dimension 2
Preuve alternative du théorème du point fixe de Brouwer en dimension 2 via le lemme de Sperner (développement 1, choisi par le jury)
4) Apports de la géométrie algébrique : bases de Gröbner
Le Nullstellensatz réduit le problème géométrique « est-ce qu'une variété a un point ? » au problème algébrique « est-ce qu'un idéal contient 1 ? » dans le cas des corps algébriquement clos.
Pour résoudre algorithmiquement ce dernier, on passe par une base de Gröbner qui peut s'obtenir par l'algorithme de Buchberger (développement 2).
Dans le cas de ℝ, on n'a pas de correspondance aussi simple, néanmoins la théorie du premier ordre du corps ℝ est décidable (admis).
Le jury a choisi le théorème du point fixe de Brouwer en dimension 2 via Sperner
Développement :
J'ai décrit la preuve du lemme de Sperner, en restant assez informel parce que travailler formellement avec des triangulations est fastidieux alors que les faits utilisés sont géométriquement évidents. Puis j'en ai déduit le théorème par compacité, mais j'ai dû passer un peu vite là-dessus par manque de temps.
Questions :
J'avais mal fait mon dessin d'une triangulation (il ne faut pas de point qui soit sommet de certains triangles et seulement quelque part sur le côté d'un autre triangle), ils me l'ont fait corriger.
J'étais passé trop vite sur la définition du coloriage utilisé pour déduire le théorème de Brouwer, j'ai dû la réexpliquer ainsi que la raison pour laquelle on trouve bien un point fixe (je ne suis pas sûr d'avoir convaincu le jury au final).
J'avais utilisé sans justification le fait que le disque unité est homéomorphe au triangle équilatéral unité, on m'a demandé de le justifier. J'ai fait un dessin d'une fonction de l'intérieur d'un triangle équilatéral vers l'intérieur de son cercle circonscrit qui dilate chaque segment du centre vers un bord du triangle pour l'envoyer sur le segment dans la même direction jusqu'au cercle. On m'a demandé de rappeler ce qu'est un homéomorphisme (j'imagine qu'ils voulaient vérifier que je n'oubliais pas la continuité de l'inverse). Ensuite, ils voulaient que je sois plus explicite, que je définisse la fonction formellement, j'ai commencé à prendre un complexe dans le triangle d'argument entre 0 et 2π/3 et à calculer une équation de la droite entre j (:= e^{i⋅2π/3}) et 0… Le membre du jury qui posait cette question m'a arrêté là mais il m'a fait comprendre qu'il ne trouvait pas cet homéomorphisme suffisamment trivial pour se passer de justification.
Le jury m'a posé plusieurs questions sur les isométries. « Comment prouvez-vous que toute isométrie est affine ? » Je l'ai fait avec une formule de polarisation. Je me suis rendu compte que je ne savais plus citer la définition d'un espace affine, mais ils ne m'en ont pas tenu rigueur et ont accepté que je travaille avec la définition d'une application affine de ℝ^n dans lui-même comme une application linéaire plus une constante. On m'a aussi demandé quelles étaient les isométries affines en dimension 2 et je ne connaissais pas le terme pour une rotation plus une constante mais cela n'avait pas l'air très grave pour eux. « Si un sous-espace est stable par un endomorphisme orthogonal, que peut-on dire ? » Son orthogonal est aussi stable (ils n'ont pas voulu voir la preuve). « Vous dites que toute isométrie est un produit de réflexions, pouvez-vous expliciter la décomposition pour une rotation en dimension 2 ? » J'ai commencé à chercher ce que faisait la composée de la réflexion autour de l'axe des abscisses suivie de la réflexion autour de la droite portée par e^{i⋅θ}. Le membre du jury qui posait la question n'était pas satisfait parce qu'il voulait exprimer une rotation comme produit de réflexions et pas l'inverse, j'ai insisté en expliquant que j'allais simplement constater que toute rotation est effectivement de cette forme. Dessin fait, c'est effectivement le cas parce qu'on trouve la rotation d'angle 2θ, mais j'ai dû refaire le dessin pour que le jury semble convaincu.
Quelques questions sur la constructibilité : « Les nombres constructibles forment une structure bien connue, laquelle ? » C'est un corps. « Pouvez-vous expliciter comment construire un rationnel ? » Je l'ai fait avec le théorème de Thalès (on construit les points (b, 0) puis (b, a) et on obtient le point (1, a/b)). « Vous avez mentionné la quadrature du cercle et la duplication du cube, savez-vous quel troisième célèbre problème remontant aux Grecs est résolu par ces techniques ? » La trisection de l'angle, mais j'ai dit explicitement que je l'avais omis de mon plan car je ne savais plus à quel angle il fallait l'appliquer. « En fait on peut montrer que l'angle particulier π/3 (qui est constructible puisqu'il suffit de tracer un triangle équilatéral) ne peut pas être trisecté à la règle et au compas, auriez-vous une idée pour le démontrer ? » J'ai dit qu'on pouvait exprimer cos(π/3) = 1/2 comme polynôme en cos(π/9) avec les polynômes de Tchebychev et en déduire un polynôme annulateur, mais je ne connaissais pas le troisième polynôme de Tchebychev et avec le stress j'ai carrément eu un trou de mémoire sur la formule pour cos(a+b). Heureusement je l'ai retrouvée une minute plus tard, après avoir dit qu'on pourrait probablement vérifier que le degré de cos(π/9) comme nombre algébrique n'est pas une puissance de 2 alors que c'est une condition nécessaire pour être constructible, mais l'oral était terminé.
Sous l'effet du stress, j'avais oublié la pochette avec convocation, carte d'identité et fiche à remplir par le jury dans la salle de préparation. Ils ont été très gentils et un membre du jury est allé la chercher. Dans l'ensemble, le jury s'est montré sympathique.
Un problème très idiot est que je n'ai pas pensé à écrire sur deux colonnes (j'ai réalisé au milieu que c'est ce que tous les autres faisaient) et donc je pense que mon plan était trop court (il y avait environ 20 items) et j'ai dû écrire certaines choses de manière très elliptique pour tenir sur les trois pages.
Ceci étant, je reste très surpris de la note obtenue de 2/20, alors qu'il me semblait avoir raisonnablement bien réussi l'épreuve (et qu'en analyse, alors que j'étais complètement paralysé par le stress jusqu'à avoir envie de vomir, que la démonstration de mon développement était complètement fausse et que j'ai dit ânerie sur ânerie, j'ai obtenue la note strictement supérieure de 3,25/20…).
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